Les fêtes… Archipels
de lumière dans l’océan du temps, moments de bonheur parmi les proches,
instants de joie partagée, éclats de rire débordants.
En ces jours de
célébration, les chaudes étreintes enveloppent l’âme d’une douce chaleur.
Pourtant, dans le flamboiement
des retrouvailles, dans l’exubérance de l’allégresse, des peines anciennes,
tapies dans l’ombre du cœur, se ravivent avec une acuité nouvelle.
Comme une note
discordante dans une symphonie festive, un vide lancinant et tenace, murmuré par des présences devenues échos, rappelle l’insondable
vacarme du silence. Ce murmure, celui de l’absence irrémédiablement perdue, est
si prégnant qu’il en devient une présence fantomatique.
Il y a des places
vacantes, non seulement autour de la table, mais au creux même de mon
existence. L’absence de ceux qui ne sont plus, que la chaleur des retrouvailles
et l’éclat des lumières ne font qu’aiguiser davantage, ravive cruellement les
cicatrices laissées par le passage du temps.
L’esprit erre alors
vers des temps où les liens semblaient immuables, naïvement confiant en la
pérennité des choses. Et je me prends à murmurer les paroles du poète
Aznavour : Et moi dans mon coin, si je ne dis rien, je remarque toutes
choses. Je revois des gestes, des regards, des complicités muettes, dont la
permanence semblait défier le temps lui-même.
Était-ce une illusion ? Ou la vie, dans son cours imprévisible, se
charge-t-elle simplement de remodeler nos
certitudes les plus chères, nous laissant désemparés sur le rivage de nos
propres attentes ?
Au milieu de l’éclat
général, je me surprends à observer les autres, leurs interactions, la facilité
apparente de leurs connexions. Et dans ma solitude, je médite sur la nature éphémère
du bonheur, sur ces fils invisibles qui nous relient les uns aux autres, et qui,
parfois, sans que l’on comprenne tout à fait pourquoi ni comment, s’effilochent
ou se brisent.
La fragilité de la
vie me rappelle que certaines portes, une fois fermées par le temps ou les
circonstances, résistent à toutes les clés.
Au milieu de la fête, entouré de proches, mais terriblement seul dans un monde qui semble vide, l’envie de pleurer m’envahit, me serre la gorge. Les mots du poète résonnent en moi : Et moi dans mon coin, si je ne dis rien, j’ai le cœur au bord des larmes. Et moi dans mon coin, je bois mon chagrin.
Pourtant, les larmes
refusent de se libérer, de m’offrir un répit.
Même lorsqu’elles
coulent, même les plus sincères, même les plus ferventes, elles ne sont qu’une
pluie salée sur une terre durcie. Elles nourrissent le chagrin, sans jamais
pouvoir faire refleurir le passé, ni ramener ceux que le flot impitoyable de la
vie a emportés loin de ma rive.
Les larmes versées
témoignent de l’amour qui demeure.
Elles révèlent aussi l’impuissance face à des êtres irrémédiablement disparus.
Pendant ce temps, la fête poursuit son cours, indifférente aux peines enfouies qui m’habitent.
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