mardi 15 octobre 2019

Fantasme d'un soir

Il fait sombre. Après des hésitations, elle monte l’escalier. Elle ne s’est jamais aventurée ainsi avec un homme. L’ascension est interminable. Là-haut, dans une chambre faiblement éclairée, elle s’offre à celui qui lui a redonné vie, et envie. 
Ses mains l’enflamment. Ses caresses ravivent ses artères. Ses étreintes, vagues puissantes, l’emportent dans une enivrante sensualité. Ses baisers font fondre ses dernières résistances. Tendres et ardents, ils font suinter l’amour de ses pores, porter ses sens à l’incandescence. Elle est haletante, ne se maîtrise plus. Elle s’est offerte. Elle est une offrande sur l’autel de l’amour. Elle est entre les mains de Chedsounéfertoum, grand prêtre de Ptah, procédant au sacrifice final dans le temple de l’antique Memphis d’Égypte.
Une onde irradie de son tréfonds, affleure sous sa peau, déferle dans ses veines, se propage dans son corps, s’évanouit dans ses courbures. Elle s’élève dans les volutes éthérées de l’amour, frappe aux portes de l’empyrée, se fond dans l’élément igné de la sphère céleste. Brûlée, consumée, elle redescend lentement vers l’insipidité du monde terrestre. 
Un corps s’est glissé dans son lit, pelotonné dans son dos. Sa fille s’est blottie contre elle.


Extrait de "Tant que je peux te dire je t'aime"
Rida Lamrini
15 octobre 2019